Comment observer le transit de Vénus, le 8 juin 2004?

            L'évènement aura lieu le matin, de 5h20 à 11h20 TU approximativement (ajouter 2h pour avoir l'heur civile).

                Le lieu: Pensez que Vénus commencera à passer devant le Soleil peu de temps après son lever. Il est indispensable de choisir un lieu ayant un horizon Est bien dégagé.

                Le matériel (but "touristique"): Si le but est juste d'observer le transit, sans vouloir forcément faire une observation un minimum "scientifique", tout est permis avec un minimum de précaution. Par contre, contrairement à une éclipse de Soleil, des "lunettes à éclipses" ne permettront pas de voir grand chose:

Par projection   Une lunette (à partir de 50mm) munie de son oculaire projette son image sur un carton blanc. Plusieurs personnes peuvent alors observer le phénomène en même temps, sans danger. Penser à retirer le chercheur de la lunette, son réticule risque de brûler, et personne ne sera tenté de regarder dedans... On améliore bien le contraste de l'image en faisant ombre sur le carton de projection grâce à un autre carton, troué, au travers duquel on passe la lunette.
Par observation directe   L'entrée de la lunette ou du télescope doit être munis d'un filtre ne laissant passer que 1/100000ème de la lumière arrivant. Ils peuvent être très cher, mais on peut trouver du filtre souple chez de nombreux revendeurs de matériel astronomique, à moins de 20€ la feuille A4. Si vraiment on ne trouve pas, deux ou trois épaisseurs de Mylar (couverture du survie) peuvent dépanner, mais l'image est rarement très jolie...
Par photographie argentique   Avec le filtre décrit ci-dessus, des images peuvent facilement être obtenues. Il faut un appareil photo réflex, une bague dite T2 permettant de mettre l'appareil à la place de l'oculaire (photo au foyer). Et faire des essais avant le transit...
En photographie numérique   Si l'appareil est à objectif interchangeable, procéder comme ci-dessus. Sinon, de surprenantes images peuvent être obtenues simplement en photographiant à travers l'oculaire du télescope. C'est la quantité d'essais qui décidera de la réussite.
Avec une Web-cam   Là, il faut un peu bricoler... L'inconvénient, c'est qu'au foyer d'un télescope, on n'aura qu'une toute petite portion du Soleil. Mais les résultats peuvent être superbes si Vénus passe près d'une tache, ou lors des phénomènes de "goutte noire" à l'entrée et à la sortie de Vénus du disque solaire. On peut aussi faire des images où le Soleil est entier, mais il faut des focales plus courtes (moins de 200 mm).

 

                 Le matériel (but "scientifique"): Si maintenant, vous voulez que vos observations soient utilisables dans le but de déterminer la distance Terre-Soleil, toutes les méthodes décrites ci-dessus sont utilisables sauf la première, qui sera bien trop imprécise.

                En effet, il y a deux méthodes d'observations:

                    1/ Le chronométrage des instants de 2ème et 3ème contact (Vénus est dans les deux cas tangente à l'intérieur du disque solaire, lors de l'entrée, puis de la sortie)

Goutte noire et 2ème contact

   Le suivi peut-être fait oeil à l'oculaire. Penser à grossir un peu l'image afin de percevoir au mieux les instants de "tangentement", qui seront perturbés par le phénomène de "goutte noire". C'est la diffraction de la lumière qui en est responsable: si vous tenez votre pouce et votre index très proches l'un de l'autre devant un fond clair, vous en verrez une simulation. Ici, par exemple, c'est probablement entre les images 2 et 3 que se situe le 2ème contact.

   A part l'oeil de l'observateur, il faut également un chronomètre réglé sur l'horloge atomique peu de temps avant l'observation. L'idéal étant d'avoir un groupe d'observateurs en simultané.

   Il est aussi possible d'envisager un suivi à la web-cam ou à la caméra vidéo. Mais il faut être sûr de trouver Vénus assez vite sur le bord du disque lors de son entrée.

   Votre chronométrage sera alors comparé à celui d'observateurs distants afin de déterminer la distance Terre-Soleil.

 

                    2/ La photographie prise au même instant par plusieurs observateurs éloignés
   Il faudra alors se mettre d'accord avec les équipes d'observateurs, et décider par exemple d'une photographie tous les 1/4 d'heures pleins (il faut aussi une horloge étalonnée). Idéalement, il faut des images les mieux résolues possibles, du Soleil ou d'un demi Soleil, avec un télescope en station, sans changer l'orientation du boîtier sur le tube d'une image à l'autre. C'est indispensable si le disque solaire, ce jour là est blanc comme un fromage, sans tache. S'il y a des taches au moins deux assez éloignées, à condition de conserver le Soleil entier, on peut les faire "n'importe comment" (aux heures choisies néanmoins). En effet, les taches serviront de repère de recentrage...

   Si l'on a la chance que Vénus passe tout près d'une tache, on gagnera beaucoup en précision en grossissant (par un tirage oculaire, ce n'est alors plus une photo au foyer). Les images faites en même temps de lieux éloignés, devraient montrer avec bien plus de facilité un écart entre les positions de Vénus et de la tache. Et là, une Web-cam peut devenir utile.

   On se doute que l'observation du Soleil faite la veille (taches ou pas taches) permettra de se faire une idée quand on matériel photographique que l'on choisira et... des temps de pose qui fonctionneront.... Ce sera difficile de changer en cours de route.

Résumons:

   Conditions idéales: Télescope en station (vérifiée en fin de nuit précédant le transit), un boîtier au foyer montrant entre un Soleil entier et sa moitié. Ce boîtier ne devra pas être tourné par rapport au tube en cours de suivi. Une image est prise tous les quarts d'heure entiers.

  Moins bonnes conditions: Si on ne peut pas avoir de télescope en station, tout n'est pas perdu, mais il faut qu'il y ait quelques taches sur le Soleil. Ainsi, on pourra recentrer les images: en effet, sans mise en station, une rotation de champ aura lieu. Toujours faire des images aux quarts d'heure pleins.

  Conditions "coup de bol": A mon sens, ce qui pourrait nous arriver de mieux... Vénus passe tout près d'une tache (pas parfaitement circulaire) ou d'un groupe. Alors cela peut valoir la peine d'arrêter les images au foyer, et de passer en tirage oculaire. En effet, partout sur Terre, la proximité de la tache sera visible. En grossissant un peu, si Vénus et la tache sont dans le champ de l'image, il sera très facile de corréler les images prises aux mêmes instants en des lieux différents.

            Cela vaut donc la peine de s'entraîner un peu avec ces diverses techniques, pas forcément très complexes, mais toujours délicates à mettre en oeuvre dans la précipitation. Pensez aussi que l'observation du Soleil peut être très dangereuse, aussi bien pour votre vue que pour le matériel d'optique...